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Regard
P. L. Humbert |
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Regardez-les : ils sont debout.
Denses comme des nuits, ils dressent leurs fibres ligneuses, fendues, atteints de déchirures en train de se réparer. Certains entrent par de longues, lentes fenêtres pleines de ciel bas, tragique, avec juste pour espoir, dans un coin , un petit reflet, un pli de sens qui écarte sa guangue. Ils vont par deux, par trois, gardant à la fois le temps, la verticale et la durée. Prêts à se mouvoir d'un pas pour colmater une brèche. Mais aussi prêts à ne jamais intervenir s'il le fallait... Et puis il y a les autres, ceux qui ont décidé de bouger. D'explorer ce que cela fait de gigoter du corps et de la fibre: couchés sur l'herbe, ils palpitent lentement, paramécies musicales. Ou s'embarquent comme du bois pour un camp dont on ne revient qu'os. Accompagnés par un sifflement brut de corbeaux célestes. Et d'un long frémissement de l'air brun. Ils sont là, campés. À la fois hébétés, vigilants, enracinés. N'attendant qu'une chose : que vous les oubliiez un éclair, pour enfin vous regarder... |
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